RENCONTRE TOUTES CONFESSIONS CONFONDUES
DE ABDEHRRAMANE AIT SALEM
Cette rencontre, entre les enfants de Ain Séfra, toutes confessions confondues et tous unis ce jour là dans le souvenir parfois triste, parfois douloureux mais toujours aussi vivant de leur enfance et de leur jeunesse dans leur village c'est un peu le bonheur qui arrive sur cette terre tant meurtrie.
Cette enfance et cette jeunesse ont été traversées, labourées par les tourments de l'Histoire.
Cette Histoire des Hommes qui vit un jour nombre d'entre vous quitter leur village, leur Ain Séfra, dans les larmes, la révolte et un sens profond d'injustice pendant que les autres tout près d'eux séchaient leurs larmes aux premiers jours de l'Indépendance car ils ont gardé l'espoir jusqu'au dernier jour; jusqu'à ce jour ou on leur annonça que leur fils ne viendra plus réchauffer ses mains au dessus du kanoun.
Eh bien, ce jour là, le 12 Février 2006, à Notre Dame du Liban à Marseille, tous ces enfants se sont retrouvés, de Daniel à Zouhir, autour du Père Deville pour oublier à jamais les frustrations, les colères, le deuil et la tristesse et chanter en choeur et dans l'émotion de la fraternité retrouvée « Ô terre d'Algérie…Dans l'Infini du Ciel.. »
Délivrons à nos enfants et petits enfants d'ici et de la-bas ce message de paix du Sahara algérien:
«Et ton désert Immense dans un souffle brûlé nous livre le message de la Paix ».
Racontons leur leurs racines de l'autre coté de l'Oued Méditerranée où des cousins ,des frères, des amis les attendent pour les accueillir les bras ouverts à Ain Séfra, à Tiout, à Mograr, à Mkaliss, à Sfissifa, à Boussemghoun, à Ouarqua comme ils y ont accueilli notre ami Luc Piras en Novembre 2005.
Racontons leur "il etait une fois Ben 'Afi, Raïka; Jean Louis Solgadi, Ali, et Daniel les inséparables; Jean Rémy et Abderrahmane chez les eclaireurs sahariens; Régis qui partait à M'kaliss avec son père chasser le mouflon et cueillir le terfasse sur les pentes du Djebel Aïssa
هذا هو، مع السلامة ، إلىالقاء
LIGNE DE CHEMIN DE FER ORAN-AIN SEFRA
LIGNE DE CHEMIN DE FER ORAN – AIN SEFRA
Dès 1939, un train de voyageurs nous menait d’un bout à l’autre de la ligne dont la gare de départ était Oran, en 21 heures. En 1948, le train ne mettait plus que 17 heures 30 ; dans les années 50 il ne mettait plus qu’une douzaine d’heures. Il n’était certes pas d’un grand confort mais donnait l’assurance d’arriver à bon port sans incidents.
Les trains 2001 et 2002 quittaient Oran vers 17 heures et arrivaient à Aïn-Séfra vers 2 heures du matin puis au terminus de Colomb-Béchar à 9 heures.
Le train 2002 qui provenait de Colomb-Béchar arrivait à Aïn-Séfra vers 23 heures et parvenait à Oran le lendemain matin vers 7 ou 8 heures.
La ligne Oran-Aïn-Séfra se départageait entre l’hémisphère Nord dont la limite était Saïda et qui était appelée par les gens du sud « l’Angéria » et le Sud dont Saïda était la porte.
Damesme, la Macta, Perrégaux,Debrousville, Méchéria………..tous ces noms évoquent en moi de merveilleux souvenirs et réveillent la nostalgie d’un passé qui, somme toute, malgré les « événements » fut une époque heureuse, de joie, de bonheur ; certes nous évoluions dans la guerre avec son lot de drames et Dieu seul sait que nous étions, à Aïn-Séfra, souvent confrontés aux dures réalités de la guerre, car les principales victimes des actes de sabotages touchaient en premier lieu les cheminots.
Au départ d’Oran, la ligne fait un long détour et suit jusqu’à La Macta – et son légendaire crocodile – la route du littoral, laissant au passage Saint-Cloud bourgade de naissance de Papa, Renan, Kléber, Damesme et ses superbes plages, Arzew ; après le passage de La Macta le bouyou-you, comme nous l’appelions, traverse la région très productive de l’Habra dont les points les plus riches sont Debrousseville et la Ferme Blanche, vastes exploitations agricoles qu’entourent des vignobles, des orangeraies et des arbres de toutes essences. Nous atteignons à présent Perrégaux, point de jonction des lignes Oran-Alger et Oran Aïn-Séfra, Colomb-Béchar. Ici l’on change de train car l’on quitte la voie large pour la voie étroite sur laquelle nous attend ce train métallique dont les deux locomotives ressemblaient comme des sœurs jumelles aux wagons qu’elles tractent.
L’arrêt de Perrégaux, nœud ferroviaire vers Alger ou le Sud-Oranais, est toujours relativement long et nous l’apprécions toujours autant car il nous permet de descendre et marcher sur le quai pour nous dégourdir les jambes, il nous permet également de nous ressourcer avant d’amorcer la traversée du Sud. A chaque halte dans cette gare, maman achetait toujours un couffin d’oranges, vendues sur le quai par de jeunes Musulmans qui se battaient entre eux, chacun prétendant que les siennes étaient meilleures. Le spectacle était toujours assuré.
La ville de Perrégaux qui compte environ 14.000 habitants dont 8300 Européens, est bâtie sur l’Habra, au centre d’une région irrigable ; c’est un véritable entrepôt agricole grâce, justement, à la fertilité des régions avoisinantes, on y avait également installé une usine de décorticage de coton, mais c’est aussi et avant tout la capitale incontestée de l’orange dont la succulente et inégalée « thomson ».
Cette longue halte est sûrement également bénéfique au train qui, à partir de Perrégaux, va commencer son ascension jusqu’à Aïn-el-Hadjar. En effet de 430 mètres d’altitude, il devra gravir une côte de 800 mètres sur environ 130 kilomètres.
Nous voici de nouveau assis sur nos banquettes en bois pour quelques longues heures avant notre arrivée à Aïn-Séfra. Après avoir parcouru une dizaine de kilomètres, apparaît le magnifique barrage de l’oued Fergoug qui peut retenir plus de 30 millions de mètres cubes d’eau servant à l’irrigation de 40.000 hectares de très bonnes terres.
Une usine d’énergie électrique a été construite au pied du barrage.
Lentement mais sûrement le train s’engage sur le massif des Beni-Chougrane, aux ravins prodigieux et impressionnants avant l’arrivée sur Dublineau, puis traversée d’une région agreste et dénudée au milieu de laquelle se dresse, majestueux, l’établissement thermal de Bou-Hanifia. En cet endroit de nombreuses sources d’eaux bicarbonatées d’une température de plus de 40 °c jaillissent en plaine et sur les flancs de la montagne. Nouvel arrêt à Tizi ; à une dizaine de kilomètres au nord-est Mascara et ses vignobles dont la réputation avait, déjà à l’époque, dépassé les frontières de l’Algérie.
La ville de Mascara domine la vaste et riche plaine de l’Eghris dont elle est le débouché agricole et le centre commercial. Dans cette plaine, comparable à la Mitidja, on y cultive, outre la vigne, principale ressource, les céréales, l’olivier, le tabac…
Les multiples arrêts dans les gares, fortifiées ou non, qui jalonnent le grand sud constituent notre principale distraction ; le spectacle des bédouins escaladant les wagons avec leurs sacs, leurs chiens, leurs gourdins, leurs faucilles et leurs falbalas étaient autant de plaisir pour l’œil…pour l’œil seulement car ils transportaient avec eux les odeurs des poules et des moutons, mais on s’y habituait. Le contrôleur, quant à lui, renonçait à sa fonction de contrôle de billets devant l’impossibilité de circuler.
Le train continue imperturbablement sa route ; nous traversons la plaine de l’Eghris et atteignons bientôt Thiersville qui permet à quelques nouveaux bédouins de grimper et d’envahir les wagons.
Oued-Taria ; centre créé le 13 mars 1872, là 48 enfants sur 2000 habitants ont donné leur vie pour la défense de la France. La France s’en souvient-elle ?
La nature a fortement changé d’aspect, c’est une zone aride qui défile devant nos yeux avec en toile de fond le Djebel El-Baïr où s’illustra le fameux « Commando Georges » dont on connaît, hélas, le triste sort qui lui fût réservé lors de l’abandon de l’Algérie. Tous les membres du Commando qui ne purent rejoindre la France, en réalité ils furent abandonnés comme tous les Harkis à la vindicte du FLN ; Voilà ce que fût le sort de ces combattants qui avaient rejoint la France et lui avaient fait confiance. Merci monsieur de Gaulle.
Après avoir repris son souffle, le convoi s’ébranle à nouveau et s’engage dans les Beni-Cougrane, pénètre dans la vallée de l’oued Saïda, encaissée entre des montagnes boisées ; nous atteignons Charrier, Franchetti dans le Djebel Tafidount et arrivons aux Eaux Chaudes – dernière station avant Saïda.
Saïda, petite ville moderne d’environ 15000 habitants dont la moitié d’Européens, est située dans l’Atlas Tellien. La ville est le centre d’une région très fertile et très boisée ; la forêt des Hassasna occupe à elle seule une superficie de 76000 hectares.
Saïda est réellement la frontière entre le Nord et le Sud ; de très nombreux voyageurs y descendent au plus grand plaisir des très nombreux « sudistes » qui occupent aussitôt les places vacantes et font bien voir qu’ils sont « chez eux » en s’étalant sur tous les sièges en bois, en s’appropriant les filets au-dessus des sièges.
Le Sahara ne commence véritablement qu’après Saïda ; à partir de là, la terre appartient aux Sudistes.
L’arrêt à Saïda est également relativement long car au cours de celui-ci il y a changement de conducteur et contrôleur ; parfois l’on accrochait une autre locomotive à l’arrière afin de franchir le col d’Aïn-El-Hadjar ; il est vrai que l’ascension était telle que l’on pouvait aisément descendre et suivre le convoi à pied sans se presser.
Un grand coup de sifflet prolongé nous indique le départ ; sur le quai, c’est l’affolement général, tout le monde se bouscule pour regagner les wagons : de nombreux militaires qui étaient descendus pour se dégourdir les jambes et se désaltérer et les derniers retardataires « sudistes » chargés comme des ânes. Le spectacle donne l’impression d’une foire où chacun joue un rôle particulier mais aussi comiques les uns que les autres.
Le sifflement de la locomotive, heureusement, couvre les cris, les jurons, les vociférations de ceux à qui l’on a pris la place, de ceux qui ne trouvent pas de place.
Le convoi s’ébranle au pas à pas, puis prend un rythme un peu plus soutenu et semble prêt à « décoller » mais l’élan est très vite diminué car la voie s’élève très rapidement, traverse les vastes plateaux marneux et fertiles ; le train s’avance à présent dans la montagne comme s’il voulait pénétrer dedans.
Puis soudain il fait une courbe, s’enfonce dans un étroit vallon, décrit un crochet et revient passer une cinquantaine de mètres environ de l’endroit où il courait tout à l’heure. Il tourne à nouveau, trace des circuits l’un sur l’autre, monte toujours en zigzags, déroulant un grand lacet qui gagne le sommet du mont et, par un effort surhumain atteint Aïn-el-Hadjar, gros et coquet village industriel où est édifiée l’usine de la Société des Celluloses de l’Afrique du Nord pour la fabrication de la pâte à papier.
L’attaque des ouvriers espagnols en 1881 par le dissident Bou-Hamama fit décider de la prolongation de la voie de chemin de fer plus au Sud.
Dès le passage d’Aïn-el-Hadjar les langues commencent à se délier, les voyageurs fraternisent, les couffins s’ouvrent – les uns en sortent des dattes (tmars) avec un morceau de Keisra (galette d’orge), les autres un bout de saucisson, un morceau de fromage en sandwich.
Le paysage a complètement changé : des plaines luxuriantes de l’Oranie, aux orangeraies de Perrégaux le train traverse des petites montagnes et amorce les Hauts-Plateaux.
Adieu la zone de colonisation des cultures, la forêt de chênes verts.
Le convoi poursuit difficilement son chemin et doit parcourir 23 kilomètres pour atteindre le col de Tafraoua (1170 m.), point culminant de la ligne ; la locomotive souffle, râle, ralentit sa marche, s’arrête ; parfois elle essaye de repartir, souvent elle demeure impuissante. Elle recule pour prendre de l’élan, mais reste encore sans force au milieu de la pente trop rude.
Alors les voyageurs et les soldats égrenés le long du train se mettent à pousser.
« 1,2,3 ho hisse » se mêlent aux « Yallah, yallah », « beleeeek, beleeek » et aux « mééééé, mééééé » des moutons ; tous ces cris dans une cacophonie bon enfant.
Et bien que ce satané train soit plus têtu qu’un âne de l’Atlas devant un oued en crue, nous repartons lentement au pas d’un homme.
On rit, on plaisante, tout le monde blague la machine.
Enfin, c’est fini nous avons atteint le sommet ; nous voici sur les hauts plateaux.
La locomotive peut enfin respirer car à présent nous allons amorcer une descente qui nous mènera jusqu’au Kreider.
Le mécanicien, le corps penché en dehors regarde sans cesse la voie qui peut être coupée ou minée ; les militaires présents dans les wagons inspectent l’horizon, très attentifs, en éveil dès que quelque chose d’anormal semble surgir.
Nous vivons une époque où il n’est pas rare que les convois ferroviaires tant de marchandises que de voyageurs soient l’objet d’attaques des fellaghas ou de mines posées sur les rails.
Le train file à présent au beau milieu d’une mer d’alfa, aux horizons immenses et uniformes, dont la triste monotonie est parfois interrompue de çi de là par quelques nappes d’eau miroitantes et de maigres bosquets, des troupeaux de moutons et de chameaux paissent jusqu’au bord des voies et rendent vie au paysage. C’est sans doute l’une des régions les plus inhospitalières du Grand Sud.
Elle s’est tout d’abord rendue tristement célèbre par le massacre d’ouvriers alfatiers espagnols en 1881, lors de la révolte du dissident Bou-Amama ; son climat continental est caractérisé par une sécheresse accentuée et des variations de température considérables : la neige, la gelée, le vent, la sécheresse compromettent gravement l’existence des hommes et même des troupeaux.
Ses ressources naturelles consistent dans l’exploitation de l’alfa, graminée dominante sur ces étendues à carapace calcaire, et dans l’élevage des moutons.
L'alfa est une plante utile: il sert de nourriture aux chevaux, on en fait en Orient des ouvrages de sparterie, et, dans le Sahara, des nattes, des chapeaux, des gamelles, des pots à contenir le lait et l'eau, de larges plats pour servir les fruits. Sur pied, il sert de retraite au gibier: lièvres, lapins, gangas. Mais l'alfa est pour un voyageur la plus ennuyeuse végétation que je connaisse, et malheureusement, quand il s'empare de la plaine, c'est alors pour des kilomètres et des kilomètres.
Imaginez toujours la même touffe poussant au hasard sur un terrain tout bosselé, avec l'aspect et la couleur d'un petit jonc, s'agitant, ondoyant comme une chevelure au moindre souffle; si bien qu'il y a presque toujours du vent dans l'alfa. De loin, on dirait une immense moisson qui ne veut pas mûrir et qui se flétrit sans se dorer. De prés, c'est un dédale, ce sont des méandres sans fin où la marche à pied ne se fait qu'en zigzag, et où l'on butte à chaque pas. Ajoutez à cette fatigue de marcher en trébuchant, la fatigue aussi grande d'avoir devant les yeux ce steppe décourageant, vert comme un marais, sans aucun point d'orientation où seuls les nomades sont capables de trouver leur chemin.
Il n'y a jamais d'eau dans l'alfa; le sol est grisâtre, sablonneux, rebelle à toute autre végétation.
Curieusement, c’est un Anglais qui est à l’origine du développement de l’alfa.
En 1862, alors qu’il effectue un voyage en Algérie, il ramène dans son pays quelques pousses afin de les étudier et constate qu’elles possèdent toutes les qualités nécessaires à la fabrication du papier.
Dès l’année suivante, le manufacturier Anglais entre en relations avec un important propriétaire à la tête de 25 mille hectares dans la région de l’Habra et de La Macta, un dénommé Debrousse qui, flairant la bonne affaire, réussit à obtenir une concession de 300 mille hectares dans le Sud-oranais.
Les soldats donnèrent le nom caractéristique de « Petit Désert » à cette zône désertique.
Kralfallah, capitale de l’alfa où sont installés de très importants chantiers.
Le train déverse sur le quai quelques nomades et en reprend le double ; la chaleur est torride, toutes les vitres des wagons sont baissées et nous avons hâte d’arriver à destination. Malheureusement nous n’avons effectué que la moitié du chemin et le plus dur reste à faire.
Le convoi s’ébranle à nouveau dans un vacarme assourdissant de crissements de roues sur les rails, de la longue mélopée du sifflet que le mécanicien se délecte de faire durer ; dans les wagons, chacun tente de se caser comme il peut.
Le train amorce une descente de quelques centaines de mètres pour franchir la large dépression des Chotts, sorte d’immense fossé séparant les Hauts-Plateaux de l’Atlas Tellien, et au fond duquel s’étendent les vastes lagunes desséchées des Chotts Chergui et Gharbi qui se prolonge jusqu’à la frontière marocaine.
Pratiquement au centre de cette dépression se situe Le Kreider – km 309 -aux vergers verdoyants créés autour d’une source, grâce à la patience et l’ingéniosité des soldats qui ont réussi cette oasis de verdure sur cette plaine recouverte d’inflorescence saline.
Le Kreider est devenu dans cette plaine aride et nue et un hameau commercial comportant dans les années 1950 environ 400 âmes.
Après avoir parcouru 13 kilomètres, le train s’arrête à Bou-Ktoub, citadelle isolée devenue centre de transit d’alfa, d’où partaient quelquefois des trains de moutons. Nouvel arrêt, après avoir parcouru une quarantaine de kilomètres, à El-Biod et sa gare fortifiée.
La locomotive, à présent, halète en attaquant la montée menant à Méchéria situé à 1159 m. d’altitude ; c’est la partie la plus dénudée et la plus triste des Hautes Plaines steppiques oranaises. Après un effort surhumain, le train entre en gare de Méchéria.
Méchéria, chef lieu d’un cercle militaire et d’une commune mixte de 27.105 habitants disséminés sur un territoire de 2 millions d’hectares.
Il n’y avait là qu’un ancien ksar ruiné, possédant une source abondante au pied du Djebel Antar. qui le domine de 600 mètres.
La ville, première cité du Bled Oranais, a été construite en 1881 par le Génie qui en fit un poste militaire en plein domaine de la tribu nomade des Hamyan.
Elle est bâtie à 1171 mètres d’altitude au pied de la masse sombre du Djebel Antar qui culmine à 1720 mètres. La cité, dotée d’un terrain d’aviation) est devenue un des plus gros marchés de l’Oranie pour le commerce des moutons, de la laine, de l’alfa.
Dépôt de locomotives jusqu’en 1914, Méchéria ne tarda pas à attirer un village indigène puis un village européen tiré au cordeau, où se croisent les pistes de Saïda et de Géryville située à 130 kilomètres à l’Est
Elle compte 2600 habitants Européens et Musulmans, négociants hardis et entreprenants qui n’hésitent pas à affronter le climat et la désolation de la région.
Quelques familles juives venant du sud-marocain s’y installèrent vers 1912.
Il ne nous reste plus qu’une centaine de kilomètres avant d’arriver à Aïn-Séfra ; notre train prend un élan indispensable pour gravir la montée qui nous mènera à Mékalis point culminant où la caillasse et le sable ont remplacé l’alfa.
Puis la descente Terkount-Aïn-Séfra en traversant le Feljet-el-Betoum – le défilé des Pistachiers – large d’une dizaine de kilomètres ; sitôt l’amorce de la descente, on aperçoit le Mekter tout noir avec à ses pieds Aïn-Séfra. Enfin on atteint la plaine d’Aïn-Séfra, ceinturée par le Djebel Moghab à l’ouest (2136 m.), le Djebel Aïssa au nord (2256 m.) et le Djebel Mekter au sud (2062 m.), en plein cœur des monts des Ksours.
Nous voici dans une région toute nouvelle où pointent des crêtes altières, redressées souvent à la verticale par des plissements et des failles très sensibles. L’alfa se maintient sur les versants recouverts d’éboulis et dans les plaines intérieures séparant les crêtes, mais l’on peut observer une forêt clairsemée de chênes verts et de genévriers.
En revanche la plaine nord-est d’Aïn-Séfra représente une zone désertique parsemée par quelques touffes d’alfa qui sont les repaires des scorpions et vipères.
Ici le pays change entièrement d'aspect, au point qu'on croirait s'être trompé de route et vouloir rebrousser chemin vers le nord.
C'est un pays stérile, boisé d'arbres aussi tristes que des pierres; il y neige abondamment l'hiver, et l'été on y brûle. Cette étendue parfaitement plate conserve, malgré les changements de sol, une couleur générale assez douteuse; les plans les plus rapprochés à l'oeil sont jaunâtres, les parties fuyantes se fondent dans des gris violets; une dernière ligne cendrée, mais si mince qu'il faudrait l'exprimer d'un seul trait, détermine la profondeur réelle du paysage.
Le terrain, très variable au contraire, est alternativement coupé de marécages, sablonneux ou bien couvert de graminées touffues (alfa), d'absinthes (chih), de pourpiers de mer (k'taf), de romarins odorants, etc., tantôt enfin, mais plus rarement, clairsemé d'arbustes épineux et de quelques pistachiers sauvages.
Le pistachier (betoum), térébinthe ou lentisque de la grande espèce, est un arbre providentiel dans ces pays sans ombre. Il est branchu, touffu, ses rameaux s'étendent au lieu de s'élever et forment un véritable parasol, quelquefois de cinquante ou soixante pieds de diamètre. Il produit de petites baies réunies en grappes rouges, légèrement acides, fraîches à manger, et qui, faute de mieux, trompent la soif.
Le paysage est cependant moins monotone que les immenses étendues d’alfa.
Le terrain est pierreux, sec, dur et mêlé de salpêtre ; ici croissent les romarins et les absinthes et on y marche à l’aise.
la couleur en est belle, l'aspect franchement stérile, et c'est là surtout qu'on voit grouiller sous ses pieds, ramper, fuir et se tortiller tout un petit peuple d'animaux, amis du soleil et des longues siestes sur le sable chaud. Les lézards gris sont innombrables. Ils ressemblent à nos plus petits lézards de muraille, avec une agilité que paraît avoir doublée le contentement de vivre sous un pareil soleil. On en rencontre, mais rarement, qui sont fort gros; ceux-ci ont la peau lustrée, le ventre jaune, le dos tacheté, la tête fine et longue comme celle des couleuvres. Quelquefois, une vipère étendue et semblable de loin à une baguette de bois tordu, ou bien roulée sur une souche d'absinthe, se soulève à votre approche, et, sans vous perdre de vue, rentre avec assurance dans son trou.
Des rats, gros comme de petits lapins, aussi agiles que les lézards, ne font que se montrer et disparaître à l'entrée du premier trou qui se présente, comme s'ils ne se donnaient pas le temps de choisir leur asile, ou bien comme s'ils étaient à peu près partout chez eux. Je n'ai encore aperçu d'eux que ce qu'ils me laissent voir en fuyant, et cela forme une petite tache blanche sur un pelage gris.
Mais au milieu de ce peuple muet, difforme ou venimeux, sur ce terrain pâle et parmi l'absinthe toujours grise et le k'taf salé, volent et chantent des alouettes, des alouettes de France... Même taille, même plumage et même chant sonore; c'est l'espèce huppée qui ne se réunit pas en troupes, mais qui vit par couples solitaires.
Elles chantent à une époque où se taisent presque tous les oiseaux, et aux heures les plus paisibles de la journée, le soir, un peu avant le coucher du soleil. Les rouges-gorges, autres chanteurs d'automne, leur répondent du haut des amandiers sans feuilles, et ces deux voix expriment avec une étrange douceur toutes les tristesses d'octobre. L'une est plus mélodique et ressemble à une petite chanson mêlée de larmes; l'autre est une phrase en quatre notes, profondes et passionnées.
Je me suis toujours demandé pour qui elles chantaient dans ce voisinage des antilopes et la dangereuse compagnie des scorpions et vipères à cornes.
Enfin apparaît dans une clarté presque surnaturelle Aïn-Séfra avec à ses pieds la merveilleuse, l’unique dune dorée qui s’étend jusqu’à Tiout, l’oued Séfra sur lequel l’on distingue tour à tour le Ksar, la Redoute
La ligne devait se prolonger jusqu’à Colomb-Béchar – km 749 et terminer en 1939 à Kenadza. Cette portion Aïn-Séfra – Colomb-Béchar fut le théâtre de multiples attentats causant la mort de nombreux cheminots Européens et Musulmans.
Après avoir amorcé la côte puis la descente du Col d’Aïn-el-Hadjej, après Tiout, et avoir traversé un couloir de roches rouges, nous voyons l’oasis de Moghrar Foukani apparaître comme un rêve ou un mirage.
Passé les gorges de Moghrar, l’on atteint la station des Oglat puis les merveilleux jardins de Djenien-bou-Rezg – près de l’ancien poste militaire créé en 1885 et devenu le centre disciplinaire de la Légion Etrangère - ; le paysage continue à défiler, nu, aride jusqu’à l’arrivée à Duveyrier, village érigé à l’emplacement de l’agglomération indigène au nom peu flatteur de « Zoubia ».
RECIT DE PATRICK GUILLAS
LE VILLAGE NEGRE
la désignation "Nègre" n'a pas un sens péjoratif; c'était ainsi qu'il était appelait.
LE VILLAGE NEGRE
A l’Est du village européen, derrière l’Institution Lavigerie, se trouve le Village Nègre – la Graba -et sa population d’environ 1000 personnes presque essentiellement des Gouarrirs originaires de Gourara cité située aux environs de Timimoun dans le Grand Sud.
Ce quartier est construit sur une zone totalement sablonneuse et les maisons s’y enfoncent.
Ce n’était pas, en réalité, de vrais Gouarirs qui, eux, sont de race blanche, mais plutôt des descendants d’esclaves noirs ramenés du Soudan par les caravaniers berbères et arabes du Sahara.
Il y avait également parmi cette population des métissés qu’on appelait « Haratines » ; cependant la majorité des Haratines étaient sédentarisés au village.
Les habitants de la Grabal (village nègre) étaient appelés les Ouled Sidna Bibal ou Blal, ou encore Açchab Legraba.
Bibal fut le premier Africain noir musulman aux côtés du prophète Mahomet qui en fit le Premier Muezzin de l’Islam. Toute la lithurgie africaine tourne d’ailleurs autour de Bibal.
Au cours de fêtes telles l’Aïd, le village nègre produisait un spectaculaire concert de chants, danses africaines. L’on fêtait également le taureau en mémoire du sacrifice du taureau dont l’origine remonte à Bibal El Habachi ; lors de ce rituel l’on tuait un taureau afin d’en nourrir la population.
Ce rituel du sacrifice du taureau se retrouve en France dans une petite commune du Haut-Var –Barjols- où, tous les ans, le 16 janvier, à la Saint-Marcel l’on célèbre les « Tripettes ».
Les « Tripettes » commémorent un double miracle : l’apparition inespérée d’un bœuf qui sauva les habitants de la famine lors de ces terribles disettes moyenâgeuses, et l’arrivée du corps de Saint-Marcel à Barjols en 1350.
Pendant 3 jours le village est en liesse : le curé bénit l’animal, les fusils parlent, on danse, on chante.
RECIT PATRICK GUILLAS
CREATION DE LA SOURCE JAUNE
CREATION DU VILLAGE
Le village d’Aïn-Séfra prit naissance en 1882, après que la pacification de la région fût assurée.
Le village était appelé par les Musulmans « El Filège » - adaptation locale du mot français « Village ».
Ce fut tout d’abord, à la suite de l’insurrection de Bou-Amama, la création d’un poste militaire destiné à surveiller toute la région des ksours et plus particulièrement les approches de Figuig qui était un repère et un centre de ravitaillement des pillards qui infestaient cette zone Algéro-marocaine.
Le Lieutenant de Banières, envoyé pour rechercher l’emplacement d’un nouveau poste, se prononça pour Tiout situé à 18 Kms à l’est d’Aïn-Séfra, mais le Général Delebecque décida de créer le poste à Aïn-Séfra ; les débouchés de la région pouvaient ainsi être surveillés plus facilement.
Le premier mur d’enceinte fût élevé sur la rive droite de l’oued à l’emplacement de la redoute, tandis que sur la rive gauche s’édifiait le village au fur et à mesure de l’arrivée des commerçants, fonctionnaires, etc..
Sur cette rive gauche s’élèvent, en même temps que les maisons bourgeoises, les bâtiments administratifs et la gare fortifiée.
En 1887, le rail arrivait à Aïn-Séfra et permit le peuplement du village érigé en 1882 ; le village, assis sur la rive gauche de l’oued, est habité par une population de commerçants, d’employés des chemins de fer, quelques fonctionnaires et dignitaires musulmans.
Cette population hétéroclite est composée d’Espagnols, de Français, de Juifs, des habitants du Ksar descendus de leur « forteresse », de Musulmans étrangers originaires d’autres ksours et villes d’Algérie tels Méchéria, Saïda, Béchar, etc.. et d’une toute petite minorité kabyle qui vivent en parfaite harmonie.
Les habitants du village étaient appelés par les Musulmans Açhab El Filège et les habitants du Ksar Açhab El Qsar ou bien les Bou-Dekhil.
Dès 1874, la création d’une voie de chemin de fer fut entreprise, en vue de l’exploitation de l’alfa sur les hauts-plateaux au sud de Saïda, dans la région de Kralfallah, d’où partirent des voies de 0,60 à l’est et à l’ouest. Les parcs de stockages étaient prévus à Kralfallah et à Modzbah. La sécurité, en ces lieux inhospitaliers, exigeait l’établissement d’une vie destinée en priorité aux militaires jusqu’au Kreider au Km 271 ; cette gare et ce village doté d’une piscine olympique donnèrent naissance à l’installation de la Compagnie Disciplinaire de la Coloniale, puis de la Légion Etrangère.
La proximité des confins Algéro-Marocains non encore pacifiés obligea le prolongement de la ligne jusqu’à Méchéria, puis Aïn-Séfra au km 492. Elle poursuivit sa route jusqu’à Duveyrier de 1886 à 1890 pour arriver à Colomb-Béchar en 1903.
C’est à Aïn-Séfra que le colonel Lyautey – rapidement promu général – fit ses premières armes de 1903 à 1907. C’est à lui que l’on doit la pacification de la région, la construction des pistes et du chemin de fer ; c’est également lui qui créa Colomb-Béchar.
La gare est importante et devient un dépôt de chemin de fer et incontournable nœud ferroviaire dès 1914. Elle permit d’acheminer tous les éléments nécessaires à la pacification de la région, de transporter autant les militaires que les civils et donner naissance au village.
Le 26 octobre 1904, l’oued Namous qui descend des Monts des Ksours pour se perdre au sahara entre en crue et dévasta le village ne laissant debout qu’une dizaine de maisons ; une quinzaine de Musulmans et une dizaine d’Européens périrent dont l’écrivain – convertit à l’Islam – Isabelle Eberhardt. L’armée construisit une haute digue de protection, une passerelle et un pont que l’oued contourna en changeant de lit.
En 1912, Aïn-Séfra avait un vrai visage de village. Les rues étaient tracées au cordeau et étaient bordées d’arbres pour la plupart des acacias, des jardins émergèrent, une église fut construite. Sur les pentes, de l’autre côté de l’oued aux pieds des immenses dunes de sable doré fut installé le Bureau des Affaires Indigènes pour l’administration de la région, la caserne de la Légion et des Spahis fut également construite aux pieds des dunes, proche du ksar.
Le Collège Lavigerie des Pères-Blancs vit son apparition en 1921; il avait fallu quatre décennies pour qu’il puisse voir le jour, quatre décennies au cours desquelles de multiples péripéties, embûches, jalonnèrent ce parcours.
Les troupes et colonnes qui opéraient dans le Sud-Oranais, en 1880, avaient comme aumônier l’abbé Reynouard – surnommé « le père la burette ». Lorsque les opérations cessèrent et que les troupes furent disloquées, l’aumônier se fixa à Méchéria. Son aumônerie était chargée du service du Kreider situé à 83 km au nord et d’Aïn-Séfra à 103 km au sud.
En 1898, du fait que l’aumônier venait très rarement à Aïn-Séfra et que les cérémonies se faisaient dans de simples baraquements, parce qu’il n’y avait pas d’église, le général de Saint-Germain fit appel aux Pères Blancs. Monseigneur Hacquard, préfet apostolique du Sahara et du Soudant, en résidence à Ségou sur le Niger, y envoya l’abbé Grisey qui venait de quitter la congrégation. Celui-ci résida à Aïn-Séfra jusqu’au mois de mai 1902. il assura en même temps le service des postes militaires de Djenien-Bou-Rezg et de Duveyrier.
En janvier 1902 Aïn-Séfra fut rattaché au diocèse d’Oran.
Jusqu’à fin septembre 1920, date à laquelle Monseigneur le Préfet apostolique du Sahara revint prendre possession des territoires du sud, plusieurs aumôniers se succédèrent.
L'édification de l‘Institution Lavigerie débuta vers la fin des années 1920 grâce en particulier à un don de la famille du Père de Charrette provenant de la vente d'un de ses châteaux.
La population européenne était en grande partie mobile : militaires de passage, fonctionnaires, cheminots. Toutes les classes sociales se heurtaient ainsi que les nationalités parmi lesquelles les Espagnols dominaient ; On y accueillait aussi bien des chrétiens, des juifs que des musulmans dans le plus grand respect des différentes croyances j'en témoigne et du respect de l’enseignement républicain.
Dans le cadre de cet enseignement de la République, L’Institution nous préparait aux épreuves du Certificat d’études primaires et du Brevet Élémentaire du Premier Cycle (le fameux BEPC).
Mais tous s’abritaient derrière le drapeau tricolore flottant à la Redoute.
Il y avait donc là tous les éléments favorables à la création d’une paroisse chrétienne foncièrement catholique.
A Aïn-Séfra et dans ses annexes, l’œuvre militaire devait doubler l’œuvre paroissiale ; aussi, les Pères n’étant pas officiellement aumôniers militaires se virent doter du titre et les soldats s’habituèrent à les reconnaître comme tels.
La principale occupation des Pères Blancs consistait à ouvrir et à gérer des écoles autant pour les Musulmans que pour les enfants des Européens désireux de bénéficier de l’enseignement « libre ».
Dans certains villages, ces écoles restèrent officieuses en opposition aux écoles laïques.
Le 13 novembre 1923, un inspecteur d’Académie d’Oran découvrit l’existence illégale de l’école
des Pères Blancs, laquelle était censée avoir été fermée par ordre gouvernemental. L’inspecteur d’Académie menaça d’en aviser le Gouverneur. La nouvelle se répandit comme une traînée de poudre et une pétition organisée par les cheminots qui représentaient la plus importante corporation civile fût déposée au ministère de l’Instruction publique. La pétition était signée par la quasi-totalité de la population civile et comprenait même des signatures de nombreux dignitaires musulmans ; les officiers qui ne pouvaient signer cette pétition firent savoir qu’ils adhéraient à la dite-pétition.
Le gouvernement général, sous cette pression, accorda la continuation de l’école jusqu’à l’amélioration du local de l’école communale. Les lenteurs de l’administration firent oublier l’affaire et les Pères Blancs poursuivirent leur œuvre.
En 1921, les Pères Blancs quittèrent le petit presbytère près de l’église pour une vaste masure en bordure du village. Ces bâtiments allaient permettre de répondre à une nécessité d’internat. En effet cet internat allait permettre aux enfants des cheminots employés tout le long de la ligne de chemin de fer et restant isolés d’accéder à l’instruction et l’éducation. A tous ces enfants, les Pères offrirent quelques chambres et un petit internat qui donna naissance à une grande maison qui deviendra l’Institution Lavigerie dont la renommée dépassa largement les frontières du Sud-Oranais.
Avec l’admission d’externes augmentant, chaque année, l’effectif, il fallut agrandir.
En 1930, le père Cussac réalisait un magnifique ensemble de bâtiments constituant le cœur de la maison, avec chapelle, dortoir et réfectoire, classes, salle de spectacle.
Dès 1946, bien que manquant de moyens matériels, les Pères Blancs entreprirent la construction d’un atelier de mécanique et de menuiserie pour la formation de jeunes apprentis Européens et Musulmans. En 1950, une section de mécaniciens-motoristes se mit à fonctionner et apporta le couronnement de l’œuvre des Pères Blancs.
L’Institution Lavigerie s’étendait sur un très vaste domaine comprenant petit bois planté de tamaris, terrains de sport et de foot, piscine, jardin potager et quelques arbres fruitiers.
Jouxtant les salles de classe, la chapelle surmontait le fameux cinéma où j'ai découvert le non moins fameux "Mines du Roi Salomon" avec Steward Granger et Déborah Kerr peu de temps après sa sortie, les Tarzan avec Jonhny Weissmuller, et bien d’autres chefs d’œuvre de l‘époque.
Ce cinéma servait aussi de salle de théâtre pour les multiples pièces qu’élèves et maîtres interprétions au plus grand plaisir des parents invités à venir voir les comédiens en herbe que nous étions…. et nous applaudir.
Jusqu’en 1962, date de l’indépendance et de sa nationalisation, il fut le Quartier Latin de la région. Il y accueillit comme internes les fils de cheminots dispersés sur la voie de Perrégaux à Colomb-Béchar et Kénadza ainsi que les enfants des sahariens des oasis lointaines.
Les certificats d’études et brevet élémentaire étaient quasiment assurés. La réputation de la discipline du collège avait atteint les limites du rail et bien au-delà. Les ateliers créés devinrent un Centre Professionnel.
Des noms illustres resteront gravés à jamais dans les mémoires : le Père Canac qui desservait les postes de l’extrême sud oranais, le Frère Marcel – jardinier – menuisier – chef de musique, Mahomet – menuisier et opérateur de cinéma, le Père Dalleret – le supérieur de l’époque Capitaine des Spahis qui fut tué à la tête de ses cavaliers en 1940, le Père Jolivet qui fut également Supérieur de l’Institution, le Père Chotard – économe qui se plaisait toujours à dire : » Vous il vous manquera toujours 19 sous pour faire 20 sous » quand il manquait parfois un dourou ou deux pour les frais de scolarité, dourous subtilisés en chemin pour acheter des bonbons au camelot de l’Institution ; le Père Diesté apprécié de tous, animateur sportif, le Père Le Lay – appelé plus communément le « père Fifine », le Père Bergantz avec qui nous apprenions à faire des perspectives, c’est également lui qui nous fit écouter les premières chansons de Paul Anka;il avait également en charge la discipline chez les internes dont nombre d’entre eux étaient là car c’étaient des têtes brûlés que seuls le Père Bergantz et le Père LeLay pouvaient ramener à la raison et à la discipline.
Enfin le frère Roux, tout vêtu de gris ou de noir qu’on appelait « Awwawa » professeur de musique et de Français en CM2 ; Son nom il le devait sans doute à sa férocité quand il punissait un élève et aussi à son aspect physique plutôt ingrat.
Il assénait ses coups de trique en répétant: « Woici, Woilà » pour Voici Voilà; à moins qu’il ne dût le surnom de « Awwawa » à sa manie de vocaliser le V en W.
Son origine du département du Doubs n’est sans doute pas non plus étrangère à son WouWou.
Des Laïques marquèrent également l’Institution : monsieur Joncourt notre professeur de maths que nous surnommions « Quin-Quin » du fait de sa prononciation : « Si Quin-quin veut bien passer au tableau » !
Monsieur Mataix surveillant Général et capitaine de l’équipe de Foot de l’Institution Messieurs Coudrette et Guidet respectivement professeurs de CE2 et CM1 ainsi que Madame Ravaillé mon professeur de CE1 en 1952 ; C’est avec elle que nous apprîmes que deux mille ans plus tôt «notre pays s’appelait la Gaule et ses habitants les Gaulois » ; monsieur Guidet nous enseignait l’histoire, il avait un sens pédagogique très avancé : il organisait sa classe en groupe de 5 à 6 élèves, chaque groupe symbolisait une espèce animale, ainsi il y avait les lièvres, les tigres, les lions, etc.
Les épreuves pour la classification des différentes « tribus » d’animaux étaient individuelles et concernaient toutes les matières.
Les points acquis par un élève allaient à son équipe.
Et chaque matin, on allait regarder le classement des différentes tribus affichées sur un tableau, une tête d’animal représentant chacune des équipes.
Cela nous incitait à travailler d’avantage et surtout à nous entraider pour la préparation des épreuves.
Je n’ai qu’une chose à dire: Chapeau Mr Guidet…
L’Institution Lavigerie fût nationalisé à l’indépendance, en 1962 ; jusqu’en 1970 date à laquelle elle ferma ses portes, elle continua à jouer son rôle d’enseignement et d’éducation ; elle avait accompli admirablement sa vocation et avait formé plusieurs générations de futurs Ingénieurs, Administrateurs, Enseignants universitaires, Officiers d’une bonne partie des élites actuelles algériennes.
Tous ceux qui y passèrent ont gardé le sens de la fraternité, du partage, de la tolérance.
Alors que les Pères Blancs, avec l’Institution Lavigerie, assuraient la formation et l’éducation des jeunes gens, celles des jeunes filles fût assurée par la création d’un ouvroir gérée par les Sœurs Blanches sur la rive droite de l’oued et sur la route menant au Ksar. L’enseignement général ainsi que des sections d’apprentissage étaient assurées.
En 1950 l’agglomération d’Aïn-Séfra comporte 4 parties distinctes :
sur la rive gauche de l’oued, le village européen qui compte 1300 personnes européennes.
Une ceinture verdoyante cerne le village à l’intérieur duquel dominent majestueusement la gare fortifiée et le dépôt du chemin de fer, le groupe scolaire, l’hôpital, l’institution Lavigerie.
Les rues sont alignées au cordeau, à angle droit bordées d’eucalyptus, de tamarins, de faux-poivriers, d’acacias. La vue des hauts bâtiments en briques entourés de galeries à arcade, que l’on distingue du village nous apporte réconfort et l’assurance d’une protection face aux évènements auxquels le village est souvent soumis.
La redoute, située sur la rive droite de l’oued, c’est ainsi qu’elle est désignée est le fief de la Légion Etrangère dont l’effectif est très variable ; le régiment est composé d’hommes ayant fait campagne en T.O.E. et dont beaucoup, hélas, sont impaludés.
Sur la même rive, adossé aux dunes et à environ 400 mètres de la redoute se situe le ksar primitif, et sa muraille, dont les maisons et l’enceinte, construites en toub, sont de la couleur du sol dont il surgit ; village aux petites rues inégales qui grouillent en permanence d’enfants ; sa population composée surtout de Chleuhs et de Berbères compte un millier de personnes et la Commune mixte dans un parc aux arbres immenses, l’ouvroir des Sœurs Blanches situé presque en face de la Redoute sur la route menant au village.
En 1958 l’arrondissement d’Aïn-Séfra compte 20.165 habitants dont 916 d’origine européenne.
En 1960, l’arrondissement atteint le nombre de 23.170 habitants ; l’augmentation la plus sensible est celle des ressortissants européens qui de 916 passe à 1.420.
Le village d’Aïn-Séfra compte 8570 habitants (1400 européens, 7100 citoyens français d’origine musulmane, 20 étrangers d’origine européenne et 50 étrangers d’origine musulmane.
Aïn-Séfra Asla Bouguellaba-Sfissifa Moghrar
Maires SOLGADILouis AMMARI Mohamed AZIOUNU Brahim AISSAOUI Mohamed
Citoyens Français Européens 1.400
Citoyens Français Musulmans 7.100 3.800 5.700 5.100
Etrangers Européenne 20
Etrangers musulm 50
TOTAL POPULATION 8.570 3.800 5.700 5.100
RECIT DE PATRICK GUILLAS


















